
- Samarkand
- Ruines de la citadelle antique
Samarkand, située entre l’Iran, l’Inde, les steppes de l’Asie Centrale et la Chine, fut l’une des cités les plus célèbres sur la route de la soie. La ville pré-mongole, détruite par Gengis Khan, avait été fondée, croyait-on jusqu’à présent, par les Perses achéménides au Ve siècle avant notre ère : les plus vieux vestiges du site étaient des fortifications de cette époque.
En -550, Les Achéménides avaient fondé un immense empire, qui s’étendait de l’Indus à l’Anatolie, et qui engloba même l’Egypte, sous Darius 1er (-522 à -486), comptant 40 millions d’habitants. Toutefois, la ville de Samarkand existait avant que cette grande puissance n’arriva dans la région, car F. Granet et ses collègues ont découvert un mur de grosses briques au-dessous des vestiges achéménides. Les briques sont marquées d’un signe géométrique et ont été taillées dans le loess (une sorte de limon) du plateau.
Les archéologues ont également retrouvé les restes d’un canal de 30 kilomètres de longueur amenant l’eau de la rivière la plus proche jusqu’à la ville, et ceux d’un système de puits, de canaux en éventail et de bassins qui distribuaient l’eau, il a fallu faire des terrassements, des remblais, creuser et renforcer le talus avec des briques taillées dans le loess déblayé. Ce scénario de fondation de la ville correspond à l’étymologie du nom de Samarkand, qui signifierait “creusée dans la terre”.

- Des briques marquées d’un signe géométrique constituent le premier mur d’enceinte de la ville antique de Samarkand fondée au VIe siècle avant notre ère et située sur le plateau d’Afrasib (en haut).
POUR LA SCIENCE N° 305 MARS 2003
Ces hypothèses ont été confirmées par les fouilles de la ville jumelle de Samarkand, Koktepe, située à 30 kilomètres plus au Nord, également perchée sur un plateau de loess et alimentée par un canal partant de la même rivière. Toutefois, Koktepe fut abandonnée à la période grecque, de sorte que les niveaux anciens sont bien conservés. Sur ce site, les archéologues ont découvert une double enceinte fortifiée. Une première population sédentaire s’y était installée, au début du 1er millénaire, dans des huttes semi enterrées. Puis vers le VIIe siècle avant notre ère (avant la conquête achéménide du milieu du VIe siècle) apparaissent dans l’enceinte intérieure des constructions monumentales édifiées avec les mêmes briques qu’à Samarkand (portant les mêmes marques), ce qui indique une quasi-simultanéité des constructions dans les deux villes.
Ainsi, La ville aurait été fondée plus tôt qu’on ne le pensait, aux alentours du VIIe siècle avant notre ère, par une puissance régionale dont les institutions politiques, militaires et religieuses (une citadelle un palais et un sanctuaire ont été retrouvés) étaient situées à Koktepe. Bien quelle ait été capable de recruter localement une main d’oeuvre importante et qu’elle ait contrôlé plusieurs villes fortifiées (au moins deux), cette puissance n’a laissé aucune trace écrite dans l’histoire. Les archéologues ont désormais un nouveau défi à relever : découvrir son identité.