Accueil du site > History & Chronology > Amir Mehdi Badi’ > Press Review > "LES GRECS ET LES BARBARES" par un contestataire érudit : M. Mehdi (...)

Article paru le 17 février 1969 (28 Bahman 1347) dans le Journal de Téhéran.

"LES GRECS ET LES BARBARES" par un contestataire érudit : M. Mehdi Badi’

A contre-courant de l’histoire officielle

mercredi 1er janvier 2003, par D. SANDOZ

Le Tome III de l’imposant ouvrage historique de M. Amir Mehdi Badi‘ , « LES GRECS ET LES BARBARES : L’autre face de l’histoire » vient de sortir aux éditions Payot à Lausanne.

Fermement résolu à prendre le parti des perses dans leurs démêlés avec les Grecs au cours des deux siècles où l’histoire de la Grèce et celle de l’Empire achéménide sont à ce point enchevêtrées qu’il est impossible d’écrire l’une sans parler de l’auteur ,ce contestataire érudit de l’histoire officielle , s’emploie farouchement à défendre « sa vérité » , en laquelle il voit évidemment « la Vérité ».Au fil des 340 pages de ce troisième volume où il s’exprime souvent avec verve , toujours dans un langage concis, prenant des positions termes face à chaque événement, celui qui s’oppose à l’ordre établi par « ceux qui font l’histoire » parvient avec maîtrise non seulement à maintenir Son embarcation à Contre courant de l’histoire des historiens mais en remonter le cours, défiant toutes les tempêtes intellectuels qu’il doit s’attirer de la part des spécialistes, Comme ces caboteurs qui remontent les grands fleuves et s’arrêtent à chaque petit port, lui, à chaque paragraphe, prend à bord les matériaux que lui ont légué d’autres bâtisseurs d’histoire et qui sont nécessaires à renforcer l’édifice qu’il oppose au flot inexorable d’une histoire qui se con solide avec chaque historien depuis Hérodote, Plutarque, Démosthène et tous les grands témoins Grecs qui leur ont “dicté” les faits.

LAS DE REPETER

Anciens ou modernes, de Hérodote à M. Ghirshman, qui est plusieurs fois contesté, l’auteur n’hésite pas à traiter certains historiens avec véhémence, et à les citer pour mieux les confondre, alors qu’il met les témoignages d’autres en relief parce qu’ils favorisent et éclairent ses vues, leurs auteurs s’étant places sous un angle proche de celui qu’il a choisi par rapport au prisme de l’histoire. C’est le propre de tout historien.

Mais rien ne peut mieux rendre l’atmosphère du livre et son "orientation que ces lignes contenues dans l’appendice :

Qu’on se le dise, je suis las de devoir répéter certaines choses, et en fin de compte, il me répugne sérieusement à revenir toujours et sans cesse sur certains dits et redites des Grecs et de leurs apologistes dont I’évidente mauvaise foi me soulève souvent le cœur, mais aussi je n’écris pas ces pages pour le plaisir de dédire Hérodote. Mon but étant d’établir la profonde malignité du témoignage de l’auteur des Histoires au sujet des Perses, malignité qui a littéralement contamine l’histoire, force m’est d’étaler quelques-unes des innombrables absurdités et l’iniquités qui fourmillent dans les chapitres Hérodote sur Xerxès, et cela afin qu’on voie bien combien puéril est le comportement de ceux qui croient rétablir la vérité de I’histoire en atténuant la portée de telles ou telles affirmations de l’auteur des Histoires, ou en réduisant certains de ces chiffres fabuleux que leur énormité même rend irrecevables et sans valeur, cela alors qu’ils lui passent la plupart de ses contrevérités et de ses mensonges, en même temps qu’ils lui passent ses fables et ses billevesées, parce qu’il est l’un des plus illustres des Grecs, excellent écrivain, conteur charmant, et ensorceleur comme seuls les hommes de sa race savaient l’être.

Absolument oppose à généralement admise que les conquêtes d’Alexandre furent la revanche et la riposte ( combien tare dive souligne l’auteur ) de la Grèce aux ingérences politiques, militaires et diplomatiques du Grand Roi, de Darius 1er à Artaxerxés III, dans les affaires de l’Hellade, M. Mehdi Badi‘ consacre la première partie de son livre aux relations de la Perse achéménide avec la Grèce classique avant, durant et après la guerre du Péloponnèse. Aussi revient il sur bataille de Marathon et la révolte de l’Ionie pour établir “ la vérité “, à savoir que “cette ingérence a été en réalité voulue et provoquée non pas par Suse, mais, tantôt par Athènes pour se défendre contre Sparte, tantôt par Sparte pour briser l’impérialisme athénien, tantôt par une autre cité lasse de la tyrannie de ces deux-là" Armé de ces arguments l’auteur combat résolument l’attribution de ces ingérences par presque tous les historiens à l’orgueil despotique et à l’expansionnisme effréné des Achéménides. Il est décidé a démontrer “que l’Empire achéménide ne se mêla des querelles grecque que parce que les Grecs l’y poussèrent, ostensiblement.”

CULTE DES HEROS

Au sujet d’Alexandre voici ce qu’oubli dans les premières pages du chapitre Suse contre Athènes :

Le culte des héros, ce mal endémique de l’humanité en mal de merveilleux, a joué en faveur d’Alexandre et des conquêtes macédoniennes depuis qu’on écrit l’histoire d’Alexandre ; c’est toutefois le dix-neuvième siècle, le même qui rêva la résurrection scientifique du passé, qui avec Carlyle et Emerson et leurs panégyriques des “héros,” avec Nietzsche et son surhomme, et avec les nombreux laudateurs do Napoléon, fait do l’histoire de l’humanité l’œuvre de quelques “héros,” et de l’histoire, l’histoire de leurs vies.

L’auteur s’étend ensuite longuement sur la bataille de Marathon qui « ne fut pas la glorieuse victoire que l’on prétend. »Expliquant point par point les rivalités internes qui firent que “Athènes fut seule à Marathon,” il définit l’origine “de la plus célèbre et la plus mythique des victoires” et “les vraies dimensions de ce combat d’arrière-garde devenu la bataille sacro-sainte.”

UNE ESCARMOUCHE

Dans un chapitre commençant “Or la vérité est autre, tout autre," l’historien écrit “on doit convenir que la victoire de Marathon est un sous-produit de la propagande athénienne. De plus comme nous allons le voir, et le démontrer point par point, et contrairement à ce qu’écrit Ghirshman, les Grecs ne décidèrent pas à s’unir devant l’envahisseur…” Et plus loin,” il faut avouer que pour désigner cette bataille, c’est (quoique en protestant contre le récit qu’en a laissé Hérodote), encore Plutarque qui a trouvé le mot juste : une escarmouche.”

Oui, Marathon n’a été qu’un combat d’arrière-garde qu’une fraction de l’armée de Datis, privée du soutien de la cavalerie, déjà embarquée, a livré pour couvrir le rembarquement du reste de l’armée, et elle s’est retirée ensuite.”

Voici en quels termes l’auteur définit ce que l’Histoire qualifie d’une des plus importantes batailles.

Et M.Mehdi Badi‘ conclut cette première partie du livre par ces mets :

…pas plus que Marathon, Salamine ne marque la fin de l’ingérence perse dans les affaires grecques Par la rivalité d’influence, par l’antagonisme politique et la lutte pour la suprématie, plus acharnés que jamais... entre Sparte et Athènes, et les cités liées à l’une ou à l’autre rivalité et lutte que la diplomatie achéménide sut exploiter à merveille la victoire grecque fit, aussi paradoxal que cela puisse paraître, du Perse l’arbitre de la Grèce.

Convaincu que “sur compte des anciens Perses la balance de l’histoire est faussée et que les Grecs ont attribué aux Perses des méfaits, qu’ils n’ont pu commettre”, l’auteur consacre la deuxième partie du livre, sous le titre “Les Perses sur 1’Acropole”, à La définition de ceux-ci “tels qu’ils étaient” et énumère les bienfaits qu’ils prodiguèrent au monde à cette époque. Dans ses efforts pour les disculper aux yeux de 1’Histoire 1’auteur s’écrie “A les entendre (les historiens), c’est le Perse qui a tout détruit”.

LES HISTOIRES

Parce que le premier historien ancien dont l’ouvrage nous soit parvenu presque intact, Hérodote, est à la fois l’historien de Marathon, de Salamine et de Platées et un historien stipendié qui présente ces batailles non pas telles qu’elles furent, mais bien telles que les ont voulu voir et commenter les Athéniens un mythe dont Hérodote fut le chantre ; un mythe qui flatte certains préjugés en même temps qu’il sert bien des intérêts, s’est profondément ancré dans les esprits et a fait croire qu’en gagnant ces batailles les Athéniens ont sauvé en même temps que la Grèce la vraie civilisation.

Au sujet des Histoires :

&133; d’un livre qui rend témoignage, à foison, des vertus des mérites des Perses, on a retenu que les Chapitres où, visiblement, les événements sont grossis et déformés de façon à ternir la gloire des Perses. Puis, et cela est plus grave encore, après avoir retenu les pages les moins significatives et les moins historiques, parce que véritablement étrangères a l’âme du peuple, on s’est servi de pages pour condamner d’abord un roi, puis une cour et une dynastie, et ensuite tout un peuple et même sa race, sa culture, son avenir et ses intentions.

Certes les historien ont souvent confondu l’histoire des nations avec la chronique criminelle et scandaleuse de leurs princes, et injustement enveloppé celle-là dans les opprobres de ceux-ci.

Dans cette deuxième moitie du livre l’auteur réserve une grande place aux destructions que n’ont pu commettre les Perses en Grèce et dans l’histoire officielle les accuse. Comparant les tex tes des anciens Grecs et les observations des archéologues l’auteur en arrive à la conclusion que les multiples invasions, les luttes, l’occupation de 1’Acropole, les soulèvements diverses, font que “Athènes souffrit des dommages qu’il serait difficile de dissocier du mal qu’elle subit des mains des Perses.”

HELAS POUR LA VERITE

C’est contre l’accusation globale dont les Perses font I’objet qu’il s’insurge :

Hélas pour la vérité, les Grecs et la postérité intéressée ou crédule semblent avoir con damné les historiens do l’Hellade et ses admirateurs à parler des Barbares jusqu’à la fin de leur vie. Allez en Grèce et suivez le guide ; écoutez l’archéologue chevronné, qui connaît l’Agora mieux que la place du marché de sa ville natale, ou le pauvre gardien-perroquet, qui répète avec conviction ce qu’on lui a appris ; consultez le savant helléniste pour qui la civilisation, la vraie, la sienne, est née sous l’égide de la déesse aux yeux perses ; laissez parler le chauffeur de taxi qui vous récitera fièrement un passage des Perses d’Eschyle aux approches du Tumulus de Marathon, et vous verrez qu’à les entendre c’est le Perse qui a tout détruit, le Perse d’abord, puis aussi, plus tard, le Turc… sur une terre ainsi piétinée, saccagée, violée et meurtrie, comment reconnaître la trace du Perse, comment savoir que c’est lui qui à commis les méfaits qu’on lui reproche.

Dans l’appendice qui complète l’ouvrage l’auteur cite quelques cas particuliers tel que La mort de Cyrus dans le but de “rendre pour ainsi dire tangible le favoritisme de l’histoire écrite.”

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Tree | Suivre la vie du site RSS 2.0