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Face à mes crimes inexpiables

L’intox du réchauffement planétaire

vendredi 9 mars 2007, par Ludovic MONNERAT

Aujourd’hui, j’ai commis un délit ignoble — que dis-je, un crime inexpiable : j’ai acheté une barquette de prunes venant d’Afrique du Sud. Circonstance aggravante : j’ai également acquis des oranges d’Espagne, et j’ai failli prendre des fraises d’Italie et des tomates du Maroc. Tout cela en quelques minutes, dans un banal commerce helvétique. Rendez-vous compte, des prunes et des oranges en hiver, venues de si loin ! [*]

Et ne croyez pas que ce ne sont pas vos oignons, si j’ose écrire : dorénavant le panier de la ménagère est jugé sous l’angle écologique, avec le nombre de kilogrammes de CO2 produits pour acheminer ces produits ! Encore heureux que j’ai fait mes courses à pied : l’emploi d’une voiture m’aurait encore valu des accusations supplémentaires !

Ce n’est hélas pas tout, je dois encore battre ma coulpe pour un autre crime : j’ai également pris 2 billets d’avion pour l’ouest de la France, afin d’y faire un séjour dans quelques semaines. Comment ai-je pu égoïstement songer à voyager aussi vite que possible, au lieu de réduire en premier lieu les émissions de CO2 et de placer la nature devant mes misérables aspirations à revoir des gens que j’aime - euh, je veux dire, de misérables pollueurs ? De nos jours, le transport aérien à des fins de loisirs est en passe d’être proscrit, ou du moins sévèrement blâmé, et il vaut mieux rester chez soi pour prendre quelques jours de repos. Même le train n’est pas acceptable : avec tous ces TGV qui roulent à l’électricité nucléaire, c’est bien notre planète que l’on condamne un peu plus à chaque kilomètre.

A défaut de les expier, comment pourrai-je compenser mes fautes ? Payer pour ma production en gaz carbonique, après avoir calculé celle-ci, comme le Très Saint Al Gore ? Me convertir à l’Agenda 21 et prêcher le développement durable pour nous autres pécheurs ? Planter un arbre à chaque jour de mon insignifiante existence, m’engager résolument au service de la décroissance, ériger une statue à la gloire du Traité de Kyoto, prôner l’abandon de toute énergie non renouvelable, réduire mes propres émissions de CO2 en cessant de parler, réduire le trafic automobile en crevant les pneus des voitures, planifier le sabotage des centrales à gaz acceptées par notre inconscient Parlement ?

A moins de conserver ma conviction que l’homme importe davantage que la nature, même si les deux sont indissociables, et que le processus consistant à transformer des modèles scientifiques en dogmes politiques, puis en mode de vie coercitifs, relève d’une vaste escroquerie intellectuelle

A part ça, ces prunes d’Afrique du Sud sont excellentes : goûteuses, tendres et juteuses à souhait.

Notes

[*] Reproduit avec autorisation à partir du blog de l’auteur.

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