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Annemarie Schwarzenbach

La Mort en Perse

mardi 8 août 2006, par Angèle PAOLI

Refusant de regarder la mort en face, pourtant omniprésente dans ce récit, j’avais gardé en mémoire le titre moins noir et plus exotique L’Amour en Perse. J’avais commencé d’écrire lorsque j’ai pris conscience que c’était bien de mort qu’il s’agissait et non d’amour. Tod in Persien.

 

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Image, G.AdC

Si l’amour existe sous la forme d’une rencontre, celle de la narratrice avec la jeune Yalé, la mort prédomine dans ce récit de voyage intérieur, et l’emporte sur l’amour. “Ange inconsolable” selon l’expression de Roger Martin du Gard, Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) hante de son désespoir les terres désertiques qu’elle a arpentées au cours de l’année 1935. La mort rôde autour d’elle, relayée par la peur. La mort sous toutes ses formes, mort d’un passé historique hors du temps, exécutions, razzias et meurtre, incendie de l’ancienne Perse de Darius assassiné. Mort présente de la belle et tendre Yalé. La mort est là, vaste cimetière à l’entrée de la ville et ruines de Raghès d’où la narratrice exhume tessons et crânes, enfouis sous les sables d’un passé détruit. Tout, dans ces vastes étendues monotones, saccagées jadis par les cruelles incursions mongoles, traduit la présence de la mort. Jusqu’au fleuve noir qui, au pied du mont Demavend, roule ses eaux inquiétantes.

En Perse, la mort est accompagnée de son cortège d’angoisses, de peurs incompréhensibles qui assiègent le corps et l’âme de la narratrice. Peur de la fièvre et de la malaria. Qui monte et désempare. Peur de la chaleur intolérable qui cloue le corps, abasourdi sous la tente. Peur des vents du désert qui déplacent les collines, peur de la montagne et de la nuit. Peur envahissante et destructrice qui anéantit la narratrice.

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Face nord-est du mont Damavand.
(Source)

En proie au désespoir le plus profond, la jeune archéologue est à bout de forces. Elle a fui l’Europe, une famille qui ne la comprenait pas, une mère possessive dont elle voulait se libérer, des amis qu’elle chérissait trop. Elle n’a trouvé sur les pistes de la Perse que la peur et la mort. La mort et la peur. Incapable de quitter le vaste pays, elle l’est tout autant d’y rester. Jusqu’à la dernière page, Annemarie Schwarzenbach lutte pour trouver la force de survivre. Désespérément seule dans sa nuit, elle s’arrime au mât de la mort.

Récit très émouvant, La Mort en Perse dilue au fil des pages, mêlé aux images sublimes de paysages inscrits de tout temps dans notre mémoire, un sentiment confus de malaise étouffant. D’une “inquiétante” et belle “étrangeté”.

Annemarie Schwarzenbach
La Mort en Perse
Petite Bibliothèque Payot, 2001.
Traduit de l’allemand par Dominique Miermont.

P.-S.

Cet article a été publié pour la première fois sur le site de l’auteur : Terres de Femmes.

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