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Les fumerolles du Damavand

Récit de l’escalade du mont par un européen.

vendredi 8 septembre 2006, par Xavier CARRARD

Même si le film de Midnight Express relate une histoire en Turquie, je ne peux m’empêcher de revoir la scène tournée à l’aéroport. Même ambiance, la nuit et surtout l’inconnu me plonge dans ces souvenirs de gosse. Je pense que ce film a dû contribuer à la méfiance, non fondée, que je ressens quand on me parle de pays comme la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Irak ou encore l’Iran.

Minuit, l’avion foule le tarmac iranien, nous voici à Téhéran, mégapole de plus de 12 millions d’habitants et qui culmine vers 1000 m. Tous les vols arrivent et repartent de nuit, aller savoir pourquoi ? En plus de deux heures, nous sortons de l’aéroport international, car nous devons remplir des documents, concernant des bagages restés en Suisse… avant de pouvoir sortir de ce lieu encombré.

Le but du voyage se nomme Damavand, c’est un volcan situé au nord-est de Téhéran, il culmine à 5671 m et représente un bel objectif pour des vacances ne dépassant pas une dizaine de jours.

Dès le lendemain, nous quittons la capitale, ce au mieux que nous le pouvons, pour rejoindre en 3 heures de bus, un village se nommant Reyneh situé au pied du versant sud du Damavand.

Reyneh sera le point de départ de nos excursions, tant pour les jours d’acclimatation que pour l’ascension de l’imposant volcan. Nous y dormons chez l’habitant, avec tout le charme que cela comporte. Une pièce de la maison nous a été prêtée, avec des tapis aussi bien pour manger, dormir, lire, discuter, bref, pour vivre tout simplement. Le village abrite un hammam, de construction locale, pour les gens de passage, nous en profitons à chaque retour de course.

Nous passons la moitié du séjour pour effectuer des courses d’acclimatation vers les Do-Berrar et le Golezard, sommets culminants entre 3600 m et 4200 m. La découverte de ces lieux reste un moment inoubliable. Une étrange impression : skier au cœur d’un désert aride et rocheux. Nous sommes au début du mois d’avril et les conditions sont printanières.

Toute personne qui effectue l’ascension du Damavand, par son versant sud, passera vers le refuge à la mausolée bleue, perché à 3000 m. En continuant l’ascension, vers 4200 m., on atteint un refuge des plus simple. Demi-tunnel en béton qui abrite une dizaine de places. Il doit également détenir un taux d’humidité se calculant en pour dix !

Le dépaysement est garanti. Chose étrange : les barrières culturelles peuvent enfin être levées. Pas de voile (islamique), pas de séparation entre les sexes lors des repas, un espace liberté de premier ordre pour les habitants de ce pays.

Les deux interprètes avec qui nous collaborons commencent à préparer le repas du soir, nous sommes à 4200 m et demain sera le jour de l’ascension finale. 1500 m de dénivelés depuis le refuge, des pentes de 30 à 40°, le vent et les fumerolles sommitales nous attendent. Le volcan est resté semi actif, il dégage de nauséabondes fumerolles aux alentours du sommet, celles-ci peuvent vous hypothéquer la réussite du géant, tant elles sont agressives (selon le vent). Le repas servi et dévoré, nous nous enfilons dans nos duvets afin de combattre au mieux l’humidité régnante dans ce hammam glacial…

Trois heures du matin, la lune, les étoiles et le vent nous attendent à la sortie du “tunnel”, les premiers pas nous indiquent clairement qu’il nous faudra très vite mettre les “couteaux” faute de quoi un retour à la case départ n’est pas à exclure. De nuit, nous remontons une des innombrables combes menant, nous l’espérons, vers le sommet. Quelques heures et conversions, plus tard, le lever du jour nous offre un des plus beau spectacle, l’ombre du Damavand flottant sur le nord-ouest du massif. Avec ses 1600 m. supplémentaires que ses discrets voisins, nous constatons que rien ne peut faire de l’ombre à l’ombre de ce géant.

La totalité du groupe arrive au sommet vers midi.

Retour aux skis laissés 100 m sous le sommet, le vent ne doit laisser qu’une infime chance à dame neige de rester en paix sur les pentes sommitales.

Nous sommes légèrement écœurés par l’odeur du souffre inhalée lors du retour du sommet. Ce gène restera le long des 2600 m de descente à ski !

Une descente exceptionnelle vers les pentes sud-ouest, nous permet de rejoindre le fond des combes où nous trouvons la meilleure neige.

Quelques heures après nos premiers virages sous les dernières pentes du Damavand, un gros 4x4 nous attend sur la route en terre qui descend vers le village. Pays des contrastes : tel pourrait se définir l’Iran, moins de 8 heures après le sommet, nous nous retrouvons dans notre habituel hammam.

Et le voile, pour les femmes, me direz-vous ?

Le voile se laisse facilement tomber dans les lieux privés et en montagne. Il pourrait être très précieux contre le soleil, si vous oubliez vos casquettes, messieurs, je pense que vous envierez un court instant, le statut des femmes…

L’Iran recèle d’autres splendeurs, entre ses chaînes de montagne et ses déserts. Ce pays ne demande qu’à être redécouvert.

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{Jashan} at Damavand
Ervad EruchShaw and Ervad Ramiyar performing a jashan (Iran, The Spiritual Motherland of Zoroastrians, by Noshir H. Dadrawala)

1 Message

  • Les fumerolles du Damavand 28 février 2007 09:38

    merci de décrire l’iran autrement que ce que nous pouvons lire dans les médias... nous étions dans un petit village près du Damavand, en automne 2005 et j’ai trouvé les lieux enchanteurs, petits villages et campagne magnifiques, et surtout, ce Damavand qui domine, toujours couvert de neiges éternelles- il y a eu un tremblement de terre aujourd’hui, parait-il, mais les iraniens sont tellement habitués aux catastrophes, quelqu’elles soient... comment ne pas être fataliste.. ? Merci encore et bonne continuation
    C. SABERI

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