Dénonçant les préjugés et les mépris ses qui entourent les Perses, ces pages tentent de contrecarrer le cours vicieux des données établies à leur endroit. Mais en les qualifiant ignominieusement de Barbares et en affirmant qu’après la bataille de Salamine, « ils ne troublèrent plus la victoire définitive de l’esprit sur la matière », les historiens commettaient une grave erreur. Montaigne montrera cependant que « les Perses apprenaient la vertu à leurs enfants, comme les autres nations font les Lettres », et Montesquieu expliquera combien Alexandre, « incarnation des vertus et du courage grecs » se fait Perse.
Trois hommes, l’Athénien Thémistocle (à Salamine en 480), le Spartiate Pausanias (à Platée en 479), le Macédonien Alexandre (à Gaugaméle en 331), portent des coups mortels à la civilisation achéménide dont Eschyle dans Les Perses résumait la valeur et le mode de vie en ces termes : « Même au milieu des maux, accordez à nos âmes la joie que chaque jour nous offre, car chez les morts la richesse ne sert de rien ! » Mais les Grecs farouches et avides de gloire, s’imposent par le fer et par le feu, quitte à se réfugier chez leurs vaincus dont ils connaissent la magnificence quand l’exil vient les frapper. Telle est la très belle thèse développée dans ce livre qui se termine sur ce cri de rage arraché à Alexandre : “O Athéniens, qu’il en coûte pour être loué de vous !”
Amir Mehdi Badi‘ : Les Grec et les Barbar, Payot, Lausanne.